Vivant en Bourgogne-Franche-Comté, Shabbha a participé à un programme d’une année scolaire au Japon en 2024-2025 grâce à une bourse AFS de 7 200 €. Elle a ainsi pu vivre une expérience interculturelle unique. De retour en France, transformée par cette expérience, elle raconte comment cette aide financière a rendu son rêve possible, bouleversé ses projets d’avenir et a changé sa vision du monde
Grâce aux programmes d’AFS à l’étranger, les jeunes comme Shabbha peuvent développer leur ouverture interculturelle, découvrir de nouvelles manières de penser, mais aussi mieux se connaitre eux-mêmes !
Pourquoi partir au Japon ?
Je suis partie au Japon parce que j’ai adoré que la culture soit si différente de la culture française. La langue est tellement différente, la vie est différente, et c’est vraiment ça qui m’a attirée.
Comment as-tu réagi en apprenant que tu partais au Japon ?
J’étais très excitée, très heureuse parce que c’était un peu mon rêve de partir au Japon. Je me suis dit :J’étais très heureuse, très excitée. C’était un rêve pour moi. Je me suis dit : je suis à deux doigts de réaliser mon rêve ! ” Le staff AFS m’a rassurée en me disant : “Ne t’inquiète pas, ça va aller, tu vas pouvoir partir.” Ils étaient très gentils et le suivi était vraiment très bon.

Quand as-tu su que tu avais le droit à une bourse ?
Il faut savoir que je me suis inscrite très très tôt, c’est-à-dire que les départs au Japon sont en mars et que moi je me suis inscrite en février [de l’année précédente, ndlr]. Les bourses se font en septembre – octobre. On m’a appelée en me disant que j’avais eu une très grosse bourse. J’ai bénéficié de 7 200 euros de bourse, donc c’est énorme, ça m’a beaucoup aidée !
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As-tu mené des actions complémentaires pour financer ton programme AFS ?
Je voulais absolument partir. Ma mère était au courant que je voulais partir. Et du coup, elle m’a dit, « Si tu arrives à faire toutes les démarches pour réussir à partir et bien je te laisserai partir, il n’y a pas de soucis » ; parce que pour partir à l’étranger il faut savoir se débrouiller seule, il faut savoir faire des choses par soi-même, être mature, être assez autonome. Et du coup ma mère elle m’a dit que si je réussissais à faire mon dossier pour partir seule ça voulait dire que j’étais prête à partir toute seule.
[En plus de la bourse AFS], j’ai travaillé, j’ai fait des cagnottes, j’ai demandé à ma famille de cotiser un peu, et puis c’est aussi l’argent de ma bourse, parce que je suis élève boursière. (…)
Comment s’est passé ton séjour ?
La culture est très différente, mais comme je m’étais beaucoup intéressée au Japon, mon adaptation s’est faite naturellement. J’habitais dans le sud du Japon, à Kyôshô, c’est une île proche de l’île principale du Japon.
« J’ai rencontré ma famille, ils étaient super gentils, on a beaucoup discuté, je suis toujours en contact avec eux. »
J’ai eu deux familles d’accueil pendant ce voyage. Pour la première famille d’accueil, j’étais chez des parents qui étaient assez jeunes, qui avaient deux enfants. C’était une maison moderne avec une famille jeune qui avait l’habitude d’accueillir des étudiants donc ça s’est super bien passé.
J’ai vraiment eu la chance de voir les deux côtés de la famille japonaise parce que, juste après, ma deuxième famille d’accueil, c’était des grands-parents ! Du coup, c’était plus : la culture ancienne, la nourriture aussi était complètement différente, mais c’était génial ! Aujourd’hui, j’ai une amie japonaise qui est en France et qui m’a raconté que les choses que j’appréciais et que je mangeais dans ma deuxième famille d’accueil étaient vraiment des choses qui sont typiquement la nourriture des personnes âgées ! C’est marrant ! Elle m’a dit “il n’y a que les grands-parents qui mangent ça” !
Quel est ton plus beau souvenir ?
Ce qui m’a beaucoup marqué, c’est le festival de l’école. Parce que l’école au Japon est très très différente de l’école en France […]. C’est vraiment un endroit où on mêle apprentissage et loisirs, déjà rien qu’avec les clubs.
Une fois qu’on a fini l’école, on va faire des clubs d’activités avec des amis, donc il y a vraiment cette proximité avec les camarades. L’école est un peu comme une deuxième maison. On apprend et après on s’amuse. Et le festival, c’est vraiment ça. Toutes les classes se regroupent autour d’un thème. Nous, notre classe, on a fait une pièce de théâtre, on a joué Aladdin. Et toute la classe a voté pour que ce soit moi qui joue Jasmine ! […] J’ai chanté pendant cette pièce de théâtre, c’était très stressant parce que c’était en japonais !

Et ton retour en France ?
J’étais à la fois heureuse de voir ma famille et mes amis, mais en même temps je n’avais pas du tout envie de rentrer !
J’étais tellement bien intégrée, j’avais plein d’amis, ma famille d’accueil était super, et je me voyais vraiment continuer mon lycée là-bas. C’était à la fois dur mais aussi agréable de retrouver ma maison et mes amis.
Qu’as tu pensé des différences culturelles ?
La pensée est complètement différente en France. On a souvent une pensée très individualiste, sans être égoïste non plus, mais par exemple : si j’ai un choix je vais aller dans ce chemin, parce que c’est mon choix ; alors qu’au Japon on va aller vers ce chemin parce que tout le monde est d’accord. C’est vraiment une société qui est vraiment basée sur l’accord de tout le monde. On doit aller là-bas parce que ça plaît à tout le monde.
Je trouve que c’est assez bénéfique d’avoir vu les deux. Parce que j’ai vu la mentalité française, j’ai vu la mentalité japonaise, les deux m’ont appris et du coup j’en ressors vraiment enrichie.
Par exemple, il y a un truc qui est très fréquent au Japon, ça s’appelle le “tatemae”. C’est très très connu à l’étranger. Nous, on voit ça comme du mensonge, comme si les personnes ne veulent pas montrer leurs vrais sentiments, mais en fait c’est plus profond que ça.
En allant au Japon je me suis rendu compte de la profondeur de ce que le « tatemae » signifiait. C’est à dire que ça signifie pas seulement ne pas partager ses vrais sentiments, ne pas donner sa vraie opinion. Mais ça signifie plutôt “je me sens pas bien aujourd’hui, alors je ne vais pas donner mon mal-être à la personne qui est en face de moi, parce que cette personne là, elle fait pas partie de mon quotidien et elle sait pas ce que je vis […]”. Et du coup je trouve que cette partie là c’est quelque chose d’important, et qui est très enrichissant. […] C‘est pour préserver la personne en face. Imaginons que je suis professeure, que j’ai passé une mauvaise journée, je vais pas redonner mes mauvaises ondes à mes élèves, parce que ça ne les concerne pas. C’est vraiment penser aux autres, penser aux sentiments des autres avant de penser à son sentiment.
Qu’est-ce que cette expérience t’a apporté ?
Ce voyage a vraiment énormément modifié mon parcours. C’est à dire que, avant de partir au Japon, je ne savais pas du tout ce que j’allais faire [de ma vie]. Je suis en lycée scientifique donc actuellement, je suis en physique SVT. Du coup je me voyais peut-être continuer dans quelque chose de scientifique. Mais en partant au Japon j’ai visité une université internationale. Asian Pacific University, elle propose beaucoup de choses pour ouvrir le monde. Elle est vraiment axée sur l’ouverture de l’Asie donc par le commerce, par le business, le marketing, le tourisme, les relations interculturelles, etc.
Et je me suis vraiment rendu compte que c’est quelque chose qui m’intéressait beaucoup, parce que à l’avenir j’aimerais voyager. J’aime parler avec les gens, je suis assez sociable et du coup je me vois mal faire des sciences. Aujourd’hui ça a complètement changé, ma vision de ce que je veux faire à l’avenir. […] J’ai beaucoup appris sur la culture japonaise. Je parle maintenant le japonais. Je n’étais pas très bonne en anglais avant de partir, et aujourd’hui je me débrouille plutôt bien. […]
Je dirais que l’expérience AFS ça a vraiment changé ce que je veux faire, ça a changé ma perception de la personne que je suis, ma perception des autres, de ce que je veux faire plus tard. […].
J’ai découvert que d’autres personnes pensent différemment, et aussi beaucoup appris sur moi-même et sur mes passions. J’ai découvert AFS, et aujourd’hui je suis bénévole chez AFS. Ça a changé mon quotidien et ma vie.
Quel rôle a joué cette bourse dans ton expérience ?
Je suis allée dans une famille, j’ai vécu comme si j’étais un enfant au Japon, j’ai été accueillie par une famille, par un lycée, j’ai eu des amis, j’ai fait le Nouvel An, j’ai fait Noël… j’ai fait des choses que je n’aurais pas pu vivre en temps normal […] c’est vraiment quelque chose qui peut changer une vie, c’est super important.

Toutes les personnes qui ont envie de se lancer et qui ont vraiment l’envie de s’ouvrir vers le monde devraient pouvoir le faire sans avoir à compter leurs moyens.
Moi, je n’ai vraiment pas beaucoup de moyens, je suis boursière depuis toujours.
J’ai une famille monoparentale et souvent on pense que la famille dans laquelle on vit, nos finances, ça va définir la personne qu’on sera plus tard, mais ce n’est pas vrai.
« L’argent ça ne doit pas être un stop, ça ne doit pas être une barrière à l’ouverture culturelle, mentale et intellectuelle. »
Je trouve ça dommage qu’il n’y ait que les personnes qui aient de l’argent qui puissent vivre ce genre d’expérience. Je pense que c’est important de faire bénéficier d’une bourse, pour pouvoir libérer ces personnes et leur laisser faire leur propre chemin, découvrir des choses qui sont normalement réservées aux personnes qui ont les moyens. C’est vraiment quelque chose qui me tient à cœur, parce que cette expérience elle a vraiment changé quelque chose en moi.
C’est une expérience que je conseille à tout le monde […] et je n’ai vraiment pas envie que ça empêche d’autres personnes de pouvoir vivre l’expérience que j’ai vécue.
Un dernier mot ?
Il faut le faire [l’expérience AFS] tant qu’on est jeune. Il faut savoir profiter vraiment, après le lycée c’est trop tard ! C’est quelque chose qu’il faut faire maintenant, il faut qu’un max de personnes puisse le faire, parce que si les personnes voyagent les personnes apprennent, les personnes s’ouvrent, elles découvrent qu’il n’y a pas que leur façon de penser.
Et n’avoir qu’une façon de penser, c’est aussi ce qui laisse la porte ouverte à des choses mauvaises, tout ce qui va être les guerres, même les régimes totalitaires, c’est la fermeture d’esprit…
Je pense que c’est important que les gens s’ouvrent, parce que c’est en s’ouvrant, en découvrant que les autres sont des personnes qui sont comme nous. [Des personnes] qui pensent, qui ont des sentiments… même si elles pensent différemment, ça ne veut pas dire qu’elles ne sont pas comme nous.
Je trouve que c’est super important parce que c’est ce qui va permettre de faire qu’on a un monde dans lequel on vit tous en collectivité, dans lequel on vit bien.
« Le voyage, ça ouvre vraiment les yeux. Et même si on pense être ouvert d’esprit, tant qu’on n’a pas voyagé, tant qu’on ne s’est pas mis à la place des autres, on ne peut pas comprendre. »
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