En 2023, Marwan a participé à un programme d’une année scolaire à Delavan, dans le Wisconsin, aux États-Unis. Il a obtenu une bourse via un concours de l’association AFS Pays de Savoie qui lui a permis de vivre une immersion interculturelle unique. Entre cours, sport et moments partagés avec sa famille d’accueil, il a découvert la vie américaine au quotidien, son « american dream ». Devenu bilingue et ayant gagné en maturité, ce séjour a été un tremplin décisif pour son admission à Sciences Po.

Pourquoi avoir choisi les États-Unis ?

Depuis tout petit, je rêve des États-Unis. J’aimerais bien vivre là-bas parce que c’est une culture qui m’attire beaucoup, que ce soit à travers le basket ou les films.

La concrétisation de ce rêve, ça a été quand on est parti au Maroc avec mes parents en octobre 2021. Là-bas, on a rencontré une famille qui était aussi en vacances, et en parlant avec eux, on a appris qu’une de leurs filles était partie aux États-Unis pendant six mois. Et là je me dis : “Ah ouais, c’est possible en fait, il y a quelque chose qui peut être mis en place pour partir à l’étranger dans un lycée américain, vivre cette vie d’Américain que je vois dans les séries, dans les films, etc.” Et dès ce moment-là, j’ai commencé à m’y intéresser.

Je me souviens que la soirée même, on était au fin fond du Maroc, j’ai commencé à regarder des vidéos pour me renseigner et donc j’ai trouvé des moyens d’y arriver.

 

Comment tes parents ont réagi à ton souhait de partir ?

Au début, ils étaient un peu hésitants, surtout ma mère, parce que partir si longtemps, c’était un vrai gros projet. Mon père, lui, m’a beaucoup soutenu, et il a aidé à convaincre ma mère. On en a beaucoup parlé, j’ai expliqué pourquoi je voulais partir, comment j’allais gérer les cours, et surtout, comment je pouvais financer une partie grâce à la bourse AFS. Finalement, ils ont été convaincus et super contents de me voir motivé.

 

Peux-tu nous en dire plus sur le financement de ton programme AFS ?

Concernant la bourse, j’ai découvert son existence un peu tard dans le processus pour m’inscrire à AFS. C’était une bourse au mérite, organisée sous forme de concours, avec trois gagnants : 2 000 € pour le troisième et le deuxième, et 4 000 € pour le premier. Le concours portait sur la question : “Que vont vous apporter ces trois mois à l’étranger ?”

Pour participer, j’ai réalisé une vidéo dans laquelle je me mets en scène et montre un Français s’immergeant dans la vie américaine. […]

Deux semaines après l’avoir envoyée, les résultats sont tombés : j’ai obtenu la première place. Mon père n’y croyait pas, pensant que je m’y étais pris un peu à l’arrache, mais au final, j’ai été sélectionné. En parallèle, j’avais 16 ans et je travaillais avec mon oncle sur quelques chantiers pour gagner un peu d’argent et aider mes parents.

«C’est à la fois la bourse qui m’a vraiment vraiment vraiment beaucoup aidé et puis il y a mes oncles et mes tantes»

 

Comment s’est passé la rencontre avec ta famille d’accueil ?

On a d’abord échangé une fois par téléphone pour se connaître un peu. Ils voulaient savoir aussi les attendus de mes parents.

Puis la première rencontre physique, c’était à l’aéroport de Chicago le 10 août 2022. Honnêtement, j’étais très fatigué à cause du décalage horaire. Je les ai vus, ils avaient une pancarte, je leur ai fait un câlin, et on a bien discuté. Dans la voiture, j’étais un peu fatigué, puis on est allé manger dehors. J’ai goûté une spécialité du Wisconsin : les cheese curds, de petites boules de fromage frit. Ensuite, on est rentré et j’ai dormi.

Et ton séjour AFS ?

C’était honnêtement incroyable. Je vivais dans une petite ville de 6000 habitants, Delavan dans le Wisconsin, le Midwest des Etats-Unis. La famille d’accueil était top ! Ce qui m’a vraiment beaucoup touché, c’est leur ouverture par rapport à ma religion : je suis musulman, et je me disais que peut-être ils n’allaient pas m’accepter, mais mes parents d’accueil étaient super ouverts. Ma mère d’accueil m’a accompagné pendant le ramadan, elle a fait le ramadan avec moi, et honnêtement c’était magnifique. De mon côté, je les accompagnais parfois, que ce soit à la messe pour ma mère d’accueil, ou à Noël.

«C’est vraiment ce mélange de cultures qui m’a fait du bien et qui m’a permis de profiter encore plus de mon séjour et de mon expérience.»

J’y suis même retourné cet été pour les revoir. Je garde toujours un lien très fort avec eux, et j’espère ne jamais le perdre. J’essaie aussi de les appeler régulièrement.

Le lycée était petit, 600-700 étudiants. On était deux étudiants AFS, moi et un autre d’Italie, et on a été intégrés très rapidement. Que ce soit par le sport, j’ai fait du foot, du basket et du tennis, ou par les cours. Mes parents d’accueil étaient professeurs dans le lycée, ce qui m’a aidé à m’intégrer et à me faire des amis. 

À Delavan, il y avait aussi 56 % de Latino, ce qui a été super enrichissant pour moi. Je vivais à la fois dans la culture américaine ‘classique’ et dans la culture latino, et c’était incroyable de pouvoir découvrir ces deux univers en même temps. Je pensais partir pour connaître une seule culture, mais j’ai finalement appris aussi beaucoup sur la culture latino, à travers les quinceañeras, les anniversaires de 15 ans, et bien sûr les grands barbecues américains, le spring break, le prom et le bal de fin d’année.

«C’était vraiment le rêve américain !»

 

Es-tu encore en contact avec l’étudiant d’Italie ?

Oui, il est venu à Grenoble, chez moi, il y a deux semaines, et l’année dernière c’est moi qui suis allé à Milan car il fait ses études là-bas. Je suis vraiment reconnaissant d’avoir gardé ce lien très fort avec toutes les personnes que j’ai rencontrées aux États-Unis : étudiants d’échange, mes amis, mes parents d’accueil, leur famille… 

 

Était-ce différent de ce que tu avais imaginé ?

J’avais mon idéal en tête, avec un frère d’accueil qui fait du football américain, une maison dans un lotissement, un lycée sur trois étages… Et au final, c’était tout l’opposé : une maison simple, pas forcément dans un lotissement, à 100 mètres du lycée, un lycée sur un étage, et une famille sans enfants. Honnêtement, c’est le meilleur scénario.

 

Quel est ton meilleur souvenir ?

Si je devais en choisir un, je dirais la fois où je suis allé voir les Milwaukee Bucks, en courtside, donc juste deux rangs derrière les joueurs. Avant même de partir aux États-Unis, j’étais fan des Bucks, parce que mes cousines ont vécu sept ans dans le Wisconsin, à New Berlin, et je les avais visitées quand j’avais dix ans. Donc depuis tout petit, les Bucks, c’était mon équipe favorite. Quand j’ai su que j’allais à Delavan, à seulement 30 minutes de New Berlin, je me suis dit que c’était une coïncidence incroyable, presque un signe. Et j’ai eu la chance d’y aller grâce à un ami là-bas : son père avait des places en courtside. Comme c’était début d’année je ne le connaissais pas très bien, mais il savait que j’aimais le basketball et m’a proposé de l’accompagner. On est arrivés et c’était complètement fou : on était en VIP, on passait par les loges, il y avait des pizzas, des tenders, du poulet, des boissons à volonté […]. On a même traversé le couloir des joueurs pour rejoindre nos places. Pendant le match, je vivais chaque action comme un rêve, et à la fin, Bobby Portis Jr., un joueur de l’équipe, m’a donné son headband. Je l’ai encore chez moi, je ne l’ai jamais lavé et je l’ai toujours gardé précieusement avec mon maillot des Bucks. 

 

Comment s’est passé ta scolarité ?

La charge de travail était vraiment minime, honnêtement, ce n’était rien du tout. On avait parfois des devoirs en maths, mais c’était de l’algèbre classique, ce qu’on fait en troisième. À part ça, il y avait un grand éventail de cours : les basiques comme l’histoire, l’anglais, l’espagnol, les maths, mais aussi des cours plus surprenants, comme la poterie, la mécanique, travailler sur des voitures ou même dans le BTP.

Ce que j’ai le plus apprécié, c’est vraiment le rapport professeur-étudiant. L’étudiant n’est pas vu comme un “vassal” du professeur : il y a un respect mutuel, un vrai échange, pas cet aspect hiérarchique qu’on a parfois en France […]. Les professeurs étaient passionnés et très ouverts. On pouvait leur parler comme à des amis : “Est-ce que tu viens au match de basket ? Est-ce que tu vas me voir jouer au foot ?” C’était très amical, et ça m’a vraiment marqué.

 

Qu’est ce que cette expérience t’a apporté ?

Personnellement, j’ai toujours été assez ouvert, mais en arrivant aux États-Unis, je me suis rendu compte que cette ouverture avait ses limites, que ce soit en termes de tolérance ou d’extraversion, d’aller naturellement vers les gens. Au début, j’avais un peu peur qu’on se moque de mon accent, mais les Américains adorent l’accent français. Cette expérience m’a vraiment poussé à être plus extraverti, à prendre la parole et à saisir les opportunités. Par exemple, dans le contexte de mes études, j’ai longtemps hésité avant de mettre Sciences Po dans ma liste de vœux, pensant ne pas avoir les notes [pour l’obtenir, ndlr]. Finalement, je me suis lancé, et aujourd’hui j’y suis.

«En fait, cette ouverture au monde me permet de prendre du recul sur tout ce qui se passe actuellement dans le monde, et c’est vraiment quelque chose qui m’a beaucoup aidé.»

Même mes parents l’ont remarqué. Ils ont remercié ma famille d’accueil pour avoir contribué à la personne que je suis aujourd’hui. Cette expérience m’a aussi appris la tolérance et l’empathie, à me mettre à la place des autres. […] C’est bizarre de dire ça, mais j’ ai maintenant une soif de découvrir d’autres cultures.

Et puis honnêtement je pense que sans cette expérience à l’étranger, je ne serais pas à Sciences Po. J’ai mentionné dans ma lettre de motivation que j’avais passé une année à l’étranger, que je suis bilingue et que j’ai un niveau C1 en anglais, et ça m’a vraiment beaucoup aidé.

«Partir un an à cet âge-là n’est pas très courant, et je pense que c’est en grande partie grâce à cette expérience que je poursuis aujourd’hui des études qui me plaisent et dans lesquelles je me sens très bien.»

 

Comment s’est passé ton retour ?

Le retour a été compliqué. J’étais partagé entre le plaisir de revoir mes parents, mon frère et mes amis […] et la fin de cette expérience unique. J’avais gagné en autonomie aux États-Unis, et mes parents ont parfois eu du mal à s’y adapter […] ce qui a créé quelques tensions au début. J’ai compris que j’avais besoin d’avoir mon espace et de temps pour moi […] et il a fallu un peu de temps pour retrouver un équilibre.

Les premiers mois ont été difficiles, surtout le retour à l’école et à la routine […] Mais l’ouverture que j’avais développée aux États-Unis m’a beaucoup aidé. Je me suis fait un très bon ami britannique, avec qui nous échangions en anglais et en plaisantant sur nos accents […] Au début, c’était dur, mais on s’y fait vite, et c’est une expérience qui reste inoubliable.

 

Un conseil pour ceux qui hésitent ?

Je leur dirais vraiment de tenter l’expérience. Même si ça peut faire peur au début, partir avec AFS change la vie. Ça te rend plus mature, plus ouvert, et ça te fait découvrir le monde autrement.

«On revient avec un regard différent sur les autres, sur les cultures, sur soi-même. C’est une expérience qui forge vraiment la personne que tu es et qui te marque pour longtemps.»

Retrouvez toute l’aventure de Marwan en vidéo sur notre chaine youtube !