En 2023, originaire de la région Auvergne Rhône-Alpes, Bader est parti à 16 ans en Malaisie pour un échange court de deux mois et demi avec AFS. Accueilli dans la ville de Kuantan, il a vécu une immersion dans une famille d’accueil et dans un lycée local, de juillet à début septembre. Aujourd’hui étudiant à Sciences Po Bordeaux, il revient sur son expérience AFS.

Comment as-tu entendu parler d’AFS ?

« Dans mon lycée, le lycée de Banville à Moulins, il y avait beaucoup d’interventions d’AFS. Des anciens AFSers venaient présenter leur expérience. Je me souviens notamment d’un élève qui était parti en Inde et qui avait présenté son parcours. Il y avait aussi beaucoup d’amis à moi qui partaient la même année : une amie en Thaïlande, une en Norvège, une en Finlande, un au Costa Rica et un en Égypte. Il y a donc eu un effet d’entraînement qui m’a poussé à faire un échange. »

« Ce qui m’attirait surtout, c’était la découverte d’une nouvelle culture et l’idée de partir seul à l’étranger. C’est vraiment la curiosité qui m’a motivé. »

 

Pourquoi la Malaisie ?

La Malaisie n’était pas mon premier choix. Au départ, je voulais aller en Nouvelle-Zélande. Mais la Malaisie proposait un séjour court qui correspondait aux dates que je recherchais. C’était aussi un pays que je ne connaissais pas du tout. Je ne l’ai pas choisi par affinité particulière, mais plutôt pour découvrir quelque chose de nouveau. Je me suis dit : la Malaisie, pourquoi pas.

Comment tes parents ont réagi à ton souhait de partir ?

Quand je leur ai dit que je voulais partir, ma mère était un peu réticente. Mon père, lui, était tout de suite très favorable au projet. Il disait que s’il avait eu l’occasion de voyager jeune, il l’aurait fait lui aussi. Finalement, ils ont tous les deux soutenu le projet.

Peux-tu nous en dire plus sur le financement de ton programme AFS ?

J’ai obtenu une bourse AFS. À l’époque, la présidente d’AFS Rhône-Alpes m’a orienté vers le formulaire de demande de bourse. Le dossier était assez conséquent, mais je n’ai pas eu de difficulté particulière à le remplir.

Pour compléter le financement, j’ai essayé de trouver d’autres solutions. J’ai fait des brocantes et je vendais des chaussures et objets sur Vinted pour récolter un peu d’argent. J’avais aussi essayé de trouver un travail, mais à 16 ans c’est compliqué : j’avais postulé dans des magasins et des fast-foods, mais je n’ai pas été pris.

Comment s’est passé ton séjour ?

Mon séjour a été court mais très intense. Comme je savais que je n’étais pas là longtemps, j’ai voulu en profiter au maximum. Dès le premier jour, j’ai rencontré beaucoup de monde. C’était la première fois que le lycée accueillait un étudiant étranger, donc ma présence a attiré l’attention et je me suis fait des amis rapidement.

Une journée typique commençait par les cours. J’habitais près de l’école, donc j’y allais à pied avec mes amis. Puis les cours se finissaient autour de midi donc j’allais manger avec mes amis.

partir-malaisie-bader-séjour-court

Sinon pendant le weekend, je me levais très tôt pour aller voir le lever de soleil […] c’était magnifique ! Après, souvent, on partait petit-déjeuner. Le pouvoir d’achat là-bas est quand même assez peu élevé pour un membre de la zone euro, donc, je pouvais faire plein de choses. Toutes les journées étaient remplies, je ne me posais jamais !

Quel est ton meilleur souvenir ?

Dans mon dossier AFS, j’avais écrit que je voulais absolument être près de la mer car j’aime ça tout simplement ! Alors deux jours après mon arrivée, ma mère d’accueil m’a emmené sur une plage magnifique ! On aurait dit les Seychelles ! Il y avait la jungle, c’était très sauvage, j’y ai vu des centaines de singes sur cette plage. D’ailleurs, cette plage s’appelait la plage des singes en Malais. C’était fou, “le culture-choc”.

Quelles étaient les différences culturelles ?

Quand je suis arrivé, j’étais assez européano-centré, voire ethnocentré pour reprendre les termes de Claude Lévi-Strauss.

«Petit à petit, j’ai su décentrer le regard. Et en décentrant le regard, on se rend compte du fait que absolument tout est différent.»

Il n’y avait presque aucune similitude avec la France. Il n’y a pas de laïcité à l’école, Il y a trois cultures, mais trois cultures qui sont hermétiques entre elles. Par exemple, il y a vraiment des quartiers où tout va être écrit en chinois, il n’y aura que des chinois, que des restaurants chinois etc. Ce n’est pas une ségrégation, mais c’est une séparation des cultures, alors qu’en France, on a plus tendance à être mélangé. Puis en termes de politique, c’est complètement différent […], pareille pour leur Constitution. Il y a trois ethnies, donc les Malais, les Chinois, les Indiens, et chacun dans la constitution a des avantages. Les Malais sont clairement plus avantagés que le reste de la population.

Comment s’est passé ton retour ?

Le retour a été assez compliqué […]. Il y avait beaucoup de nostalgie, un manque qui se crée. J’avais l’impression d’avoir une double vie. Le fait d’avoir construit cette vie [en Malaisie], cette routine, puis on revient en France.  

«Académiquement, je suis revenu assez rapidement mais mentalement j’étais toujours en Malaisie. C’était le plus fou.»

On va dire qu’il y a un effet d’hystérèse. […] Jusqu’à deux mois j’étais pas en Malaisie mais je voulais être encore en Malaisie.

En quoi cette expérience a-t-elle influencé ton parcours académique ?

Je savais déjà que je voulais préparer le concours commun de science po avant de patir. Mais, on va dire que ça a confirmé une tendance, voire plusieurs tendances : les voyages, vouloir travailler à l’international… Mais ça a même changé ma vision du voyage. Lorsque je voyage seul, j’essaie de faire des voyages qui soient très longs où je peux vraiment m’imprégner de la culture […]. Je ne veux pas être dans un « resort » artificiel de type all inclusive,  ça ne m’intéresse pas du tout. 

Pourquoi conseillerais-tu l’expérience AFS ?

Je sais que ce qui me faisait hésiter, c’était la peur de perdre un an. [Pourtant cette expérience] permet d’ouvrir plus de portes universitaires, académiques… […] J’ai eu tous mes vœux sur Parcoursup, j’avais su mettre en avant le programme AFS. Mais, en France, l’échange international n’est pas très démocratisé. Ça reste quelque chose de fermé et encore plus pour les classes moins aisées où ce n’est même pas une option envisagée. […] Je pense vraiment que ça doit être une expérience “obligatoire” pour tout le monde ! On devrait tous vivre ça. 

En plus, c’est dans la lignée de la philosophie d’AFS, […] c’est par le cosmopolitisme qu’on va arriver à une humanité qui est plus paisible, plus tolérante !

Pourquoi ce programme de bourse AFS est important ?

C’est un projet qui est philanthropique. Cela s’inscrit quand même dans une vision optimiste de l’homme.

«Ça permet à un jeune, qui n’a pas forcément les moyens, de s’ouvrir au monde.»

Et ça crée une reconnaissance vis-à-vis d’AFS, vis-à-vis de tous les donateurs d’AFS.